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LES RÉVOLTÉS D'EL-DJEZAÏR

ABM-éditions

N° ISBN : 2-35152-039-4

Format  15 X 21  Broché
272 pages

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Résumé

 

Ce roman historique, s’inspire de faits réels. Et l’auteur relate une période difficile de sa vie :  l’Algérie dans la tourmente de 1956 à 1962.

 

Expert en explosifs, Ali fabrique des bombes artisanales qu’il dépose dans des zones de grande affluence d’Alger. Révoltés par ces actes de barbarie, José et ses amis, jeunes pieds-noirs, organisent des actions de commandos anti-terroristes.

Plutôt timoré, José se demande s’il a eu raison de participer à certaines opérations, d’autant plus qu’il est amoureux de Dalila, jeune musulmane, que sa famille réussit à éloigner. Engagé, il part en mission à la frontière algéro-marocaine. Au cours d’un accrochage avec une caravane de rebelles, il est gravement blessé et doit quitter l’armée.

Il décide alors de poursuivre ses études à Paris. Ali s’y trouve déjà afin de récolter des fonds en faveur du FLN, organisant même des actions punitives contre certains récalcitrants. Pendant ses vacances à Alger, José participe à d’autres commandos. Ses études terminées, il retrouve son pays natal et recherche Dalila, en vain.

Les allocutions de De Gaulle sur l’autodétermination préfigurent un changement des mentalités des deux communautés. Musulmans et pieds-noirs se sentent trahis et les barricades de janvier 1960 sont un tremplin pour certains amis de José qui rejoignent l’OAS. L’armée ayant ramené un calme apparent, la petite bande de copains met fin à ses commandos. Mais, un soir de fête, Ali dépose une bombe au cours d’un bal, provoquant une nouvelle flambée de haine et les expéditions anti-terroristes reprennent. Un climat d’intense violence s’installe à nouveau. On assiste alors à une déchirure définitive entre les deux communautés.
Arrêtés les uns après les autres, les jeunes pieds-noirs sont expulsés vers la France et certains se retrouvent dans le midi.
  

                                                               

                                                           ***

                                                       EXTRAITS

Premier extrait
Le marché Meissonnier était terminé et des agents municipaux lavaient la rue à grands coups de jets d'eau repoussant les détritus abandonnés par les commerçants du matin. Il flottait encore des relents de cannelle et d'encens que les vapeurs d'eau ne parvenaient pas à dissiper. Il restait bien quelques récalcitrants qui s'obstinaient à liquider leurs dernières tomates rabougries mais la chaleur torride de l'été naissant avait depuis longtemps dissuadé les derniers clients. Ali entra dans le café maure « Chez Mouss. » Il repéra une petite table ronde au pied du comptoir en zinc et commanda un thé à la menthe tout en prenant le journal qui traînait sur le siège. Mustapha, le patron, lui chuchota quelques mots à l'oreille et retourna derrière son bar essuyer quelques verres. Un ventilateur, au milieu du plafond, tournait au ralenti, juste assez pour éclaircir les volutes des narguilés.

Deuxième extrait
Ali entra dans le cinéma; le film avait commencé depuis trois minutes. La placeuse lui désigna le premier fauteuil de la rangée du milieu dans l'allée centrale, c'était bien celui qu'il avait choisi. Une fois installé, il constata que les deux sièges à sa droite étaient libres. Avec ses talons, il poussa le sac sous son fauteuil et essaya de trouver une position confortable. Il se laissa alors discrètement glisser pour tâtonner son sac, s'assurant qu'il était bien là. Manifestement, Ali n'était pas à son aise et les scènes du film ne le captivaient pas. Après trois quarts d'heure de projection, il tira le sac entre ses jambes, délia la cordelette et tritura l'intérieur quelques secondes. Il regarda à nouveau autour de lui et, du pied, repoussa le sac sous le deuxième fauteuil. Sous une apparence paisible, il sentait sa poitrine battre la chamade à grands coups et croyait que ses tempes allaient exploser. Il se leva enfin et sortit lentement du cinéma. La lumière du jour lui fit cligner les yeux. Il ne s'attarda pas et prit aussitôt la direction de la Grande Poste d'Alger. Marchant d'un pas rapide, sans se retourner, il arriva au tunnel des facultés, s'y engouffra en accélérant son allure pour se perdre dans la foule.

Troisième extrait
José Llobrégat habitait rue de Brazza, au parc Bomati, au premier d’un immeuble de trois étages, juste au-dessus d’une petite épicerie et de la menuiserie que dirigeait un ami de son père. La rue de Brazza, en terre bien tassée, était le terrain de foot idéal pour les gosses. Tout juste revenus de l’école, ils jetaient leurs cartables deux par deux, à chaque bout de la rue pour délimiter les buts et la partie pouvait commencer. Un public aussi participait et, de leurs balcons, les familles des joueurs les encourageaient ; les remarques fusaient et ne laissaient aucun répit aux gosses qui en redemandaient.
— Allez Polo ! T’es miro ou quoi ? T’as pas vu l’ballon ?
— Aïe aïe aïe, p’tit Jean, si ta mère te voyait, c’est pas dans l’ballon qu’elle taperait !
— Purée d’nous autres, tu fais exprès, ma parole !
Cette rue de Brazza sentait chaud l’Espagne avec les familles Costa, Mari, Gaillardo, Fuentes, Llobregat. Il y avait bien un Corelli d’origine italienne et un Savignac de la région de Bordeaux, en métropole et tout ce petit monde se retrouvait chez madame Costa pour préparer les fêtes. Elle était la gardienne de l’immeuble et, les veilles de fêtes, les femmes se réunissaient chez elle pour faire les cokas aux blettes ou à la soubressade, sans oublier les oreillettes et les mantécaos pour le dessert. Les enfants tournaient autour d’elles et chapardaient ce qu’ils pouvaient. Tous se connaissaient et s’entraidaient.

Quatrième extrait
Ali pivota sur lui-même pour découvrir son nouvel environnement. Les gosses jouaient avec un vieux ballon en caoutchouc qui avait dû être rond autrefois et qui, à chaque coup de pied, expirait d'un son plaintif et agonisant. La vieille femme surveillait une casserole crasseuse dans laquelle cuisaient des morceaux de mouton et des pommes de terre coupées en quatre. Il huma la tambouille qui sentait plutôt bon. Il avait une de ces faims !

Cinquième extrait
Depuis son retour au pays, José et Dalila se retrouvaient souvent en secret, la famille de la jeune fille refusant toujours toute relation, même amicale. Le mercredi 9 avril, après l'avoir raccompagnée près de chez elle, José reprit le chemin du Cours de France. Il s'aperçut tout à coup que la nuit était venue et accéléra le pas, ce n'était pas prudent de se promener ainsi, les risques d'attentats subsistaient toujours. Arrivé à proximité du stade Lavigerie, quatre individus de type arabe l'interpellèrent en lui barrant la route.
— Hé toi ! C'est pas prudent d'se balader tout seul, tu viens d'où ?
Surpris, José s'arrêta, se mit sur la défensive et répondit calmement.
— De chez les Pères Blancs, j'y ai de la famille, pourquoi ? 
Le plus petit des hommes se mit face à José et lui cracha à la figure. Mal lui en prit, car il reçut aussitôt une réponse fulgurante sous la forme d'un coup de poing, son nez éclata et il se mit à hurler en tombant. Les trois autres se ruèrent sur José qui réussit à se débarrasser du premier venu en lui faisant une prise de judo, mais ne put contenir l'agressivité des deux derniers assaillants. Il se retrouva jeté au sol sous les coups de pieds et de matraques, et tout en se protégeant la tête, simula l'inconscience. Pensant avoir gagné la partie en laissant José inconscient, les quatre individus, se soutenant maladroitement, repartirent en maugréant en arabe.
— Avec ça, il va comprendre qu'un Français ne doit pas regarder une femme musulmane.

Sixième extrait
Le clocher de l'église du village sonna dix-neuf heures et Ali se mit en route. Son sac à bout de bras, il s'approcha des barrières délimitant l'enceinte du bal, attendit que le gardien poursuive sa ronde loin de l'estrade et s'avança lentement vers la bâche derrière laquelle il se faufila puis s'aventura entre les caisses vides. Il se baissa, se retrouva sous l'estrade et, après quelques secondes d'observation, ouvrit son sac. Ali délia la cordelette et déclencha l'horloge du détonateur pour une heure du matin. A peine allait-t-il repartir que le vigile était déjà de retour. L'homme se rendit jusqu'à la bâche, l'entrouvrit et sauta de l'autre côté. Ali eut juste le temps de se planquer entre le mur et les caisses. C'est toujours aux plus mauvais moments que l'on fait les plus mauvaises rencontres et, cette fois, elles furent pour Ali. Le garde se mit à pisser contre le mur et des éclaboussures, pestant à vomir, souillèrent le visage d'Ali qui ne broncha pourtant pas et attendit que l'homme terminât pour déguerpir au plus vite.

Septième extrait
José se retourna, dos au puits et dépassa Habib. Il se jeta au sol, regarda dans sa direction et le vit soudain vaciller en lâchant son arme. Il revint alors sur ses pas en rampant et constata qu'Habib était mort. Il prit le fusil-mitrailleur des deux mains mais le poids du FM l'obligea à se relever. Wittenberg lui cria de se coucher et se précipita vers lui pour l'aider. A peine à hauteur de José, Wittenberg reçut une giclée en pleine poitrine. Le choc l'arrêta net, il fit même quelques pas en arrière et s'écroula de tout son long sur le sol aride. José tomba à genoux et continua à tirer, ses serveurs étaient déjà morts. Il voulut se relever, une explosion, de la poussière, de la fumée et le trou noir.

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