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MAI 68
Il y avait un nuit tachetée de sang,
Une grande nuit, rouge et noire, sans étoiles.
Il y avait des sanglots de manifestants,
Des sanglots recouvrant la ville de leur voile.
Il y avait une orgie d'étudiants violents,
Une orgie révolutionnaire et acharnée.
Il y avait une crise de protestants,
Une crise chaotique et politisée.
On se battait dans la ville sur des barricades.
Un père criait son fils unique assassiné.
Un fils pleurait son père mortellement blessé.
Tout chutait autour d'une grève en cascade.
Le pays n'était plus qu'une foire aux moutons.
Sans comprendre, je restais là, seul, comme un con.

LA PEINTURE
Sous les toits, un atelier.
Dans un coin, un chevalet,
Un cadre, un tableau,
Des peintures, des pinceaux.
Sur un marbre, le modèle :
Une femme nue, belle.
Mariage du peintre et de la toile ;
Harmonie flottante d'un voile.
Bleu, jaune, rouge, vert :
Doux mélange des couleurs.
Un corps éclatant de douceur,
Unique à sa propre lumière.
Extase, calme et volupté.

LE DIABLE A TABLE
Il y avait une table,
Assis à cette table,
Il y avait le Diable.
Il bouffait, le Diable, il bouffait ;
Et quand il bouffait, le Diable,
Il rotait, il rotait le Diable.
Il y avait une table,
Assis à cette table,
Il y avait le Diable.
Il buvait le Diable, il buvait.
Et quand il buvait le Diable,
Il se saoulait, il se saoulait le Diable,
Il y avait une table,
Assis à cette table,
Il y avait le Diable.
Et le ventre plein, le Diable,
Il rotait, le Diable, il rotait.
LA RUE
Une rue, sale, humide.
Un ruisseau, clair, limpide.
Un ciel noir ou gris
Dans un ciel bleu, infini.
Dans une odeur de détritus,
Des enfants à moitié nus,
Avec leurs cris de gosses battus.
La vie et le coeur fanés,
Une putain aux yeux fardés,
Dans des habits de révoltée.
Des hommes aussi, jeunes ou vieux,
Mal rasés et crasseux,
Avec leurs rires malheureux.
Une rue, sale, humide.
Un ruisseau, clair, limpide.
Un ciel noir ou gris,
Dans un ciel bleu, infini.
UNE PENICHE NOIRE
Perdue dans le brouillard
Epais et sale d'un soir
Une péniche noire
Cherche en vain une amarre
En pleurs, à la dérive
Sans entendre et sans voir
Une péniche noire
Cherche en vain une rive
Poussée vers la grand'mer
Sans plus aucun espoir
Une péniche noire
Cherche en vain une terre
Un roc ouvre une plaie
Dans une coque un soir
Une péniche noire
Dans l'eau trouve la paix
SUR TA TOMBE
( musique perso )
Sont-ce mes larmes
Ou la pluie sur mes joues ?
Pleure mon âme
Sur mon cœur fou.
Et l'eau qui tombe
Mélange tout :
Les fleurs sur ta tombe,
La neige et mes genoux.
L'odeur de la terre mouillée,
Le parfum des pins,
Enivrent mon cœur blessé
D'un immense chagrin.
J'aime cette tristesse
Qui pénètre en moi,
Une sorte d'ivresse
Qui me vient de Toi.
Je suis saoul de la vie
Et fou de la mort ;
Je n'ai qu'une envie,
C'est rejoindre ton corps.

LES LOUPS HURLAIENT
Là-haut sur la montagne le berger s'est blessé
Dans un grand piège à loups qu'il avait oublié
Là-haut sur la montagne les chiens ont aboyé
Au loin les loups hurlaient
Au loin les loups hurlaient
En bas dans la vallée tous les hommes ont compris
Que là-haut le berger avait des ennemis
En bas dans la vallée ils ont pris leurs fusils
Là-haut les loups hurlaient
Là-haut les loups hurlaient
Là-haut sur la montagne les chiens ont défendu
Le berger effondré qui se croyait perdu
Là-haut sur la montagne les oiseaux se sont tus
Tout près les loups hurlaient
Tout près les loups hurlaient
En bas dans la vallée trente torches de feu
Sont montées tout là-haut sauver le malheureux
En bas dans la vallée les femmes priaient Dieu
Là-haut les loups hurlaient
Là-haut les loups hurlaient
Là-haut sur la montagne la bataille fut atroce
Entre les chiens les loups de plus en plus féroces
Les hommes sont arrivés donnant des coups de crosse
Très loin les loups hurlaient
Très loin les loups hurlaient.
INTERLUDE
Elle est couchée à mon côté
Et ses cheveux sont dans les miens,
L'air est tout parfumé
De ce parfum qui est le sien.
Je sais qu'elle ne dort pas,
Que ses yeux sont ouverts,
Je la regarde, là
Où un rayon de lumière
Caresse son sein nu.
Elle sait que je la regarde,
Elle sait que je suis nu
Et attend que je me hasarde
A la reprendre dans mes bras,
A l'amener au-delà
De la réalité de la vie.
Mais elle veut la vie,
Elle veut vibrer toute entière.
Dans mes bras encore ouverts,
Elle se blottit enfin et ses baisers
Me couvrent tout entier.
Le drap s'est déplacé
Et je la vois belle
Dans toute sa nudité,
Belle, belle, encore plus belle.
Ses lèvres s'ouvrent, je ferme les yeux,
Il n'y a plus de temps, plus rien,
Que toi, moi, nous deux,
Ton corps contre le mien,
Un seul corps,
Le nôtre.

JE MARCHAIS DERRIERE EUX
Je marchais derrière eux
Ecoutant leurs baisers
Je marchais derrière eux
Devinant leurs pensées
C'est leur amour heureux
Sur le fleuve de mai
C'est leur amour heureux
Qui baignait leur beauté
Aussi je croyais voir
Mon ombre devant moi
Et cherchais du regard
Mon amour d'autrefois
Comme un miroir d'argent
La Seine qui brillait
Me renvoyait souvent
A mes années passées
Si mon corps était vieux
Il restait dans mon cœur
Une parcelle de bonheur
De mon amour heureux
Ils se sont arrêtés
Et m'ont laissé passer
Mais leurs rires derrière moi
Ont rattrapé mes pas
La Seine qui coulait
Emportait pour toujours
Ma vie et mes pensées
Leurs jolis mots d'amour
Mais si l'eau s'en allait
Noyant mon corps trop vieux
C'est la Seine qui restait
Berçant les amoureux.

UN SOIR
Te souviens-tu d'un soir
Sur les galets au bord de l'eau,
L'air était doux, le ciel clément.
La mer brillait comme un miroir,
Aux mille chatoiements
Des lumières des bateaux.
Au bord de l'eau, sur la plage
Déserte, nous étions deux
A nous promener tendrement
Et dans le ciel sans nuage,
Les étoiles brillaient plein feu
En se confondant
Aux mille lumières
Qui scintillaient sur la mer.
Ce n'était plus l'hiver,
Mais pas encore l'été,
Nous étions au printemps.
Et si la fraîcheur de l'air
Nous invitait à rentrer,
Nous avions encore le temps,
Ce soir, de contempler
Ces spectacles divers.
Le doux murmure des vagues
Se mourant sur les galets
Et la révérence des algues
Honoraient ta beauté.
Il a pourtant suffi
Que la brise de nuit
Caresse tes bras,
Pour que tu puisses enfin
Te blottir entre les miens
Et suivre mes pas.

LE CLOWN
Le clown pleurait ce soir
Des larmes habillées de noir
Mais il continuait pourtant
D'amuser les petits enfants.
Le clown, sous le grand chapiteau,
Jouait sa douce musique
Qui résonnait dans le cirque
Sous les rires et les bravos.
Le clown pleurait ce soir
Et l'on croyait toujours le voir
Rire sous cette peinture
Qui barbouillait sa figure
Mais le clown tombait bien souvent
En marchant sur son grand manteau,
Ce qui faisait rire les enfants
Dans les lumières du chapiteau.
Le clown pleurait ce soir
Des larmes habillées de noir
Mais il continuait pourtant
D'amuser les petits enfants.
Le clown, avec de gros ballons,
Jonglait sur un câble d'acier
Tendu sur la cage aux lions
Qui, furieux, rugissaient.
Le clown pleurait ce soir,
Personne n'a vu dans son regard
Cette tristesse infinie.
Le clown pleurait son ami,
Celui qui était chimpanzé,
Qui venait juste de mourir.
Il n'avait pu s'acclimater
Au froid qui le faisait souffrir.
Le clown pleurait ce soir son ami.

APRES LA GUERRE
( musique perso )
Refrain
Après la guerre
Loin des batailles et des bruits
Il s'en retourne enfin chez lui
Mais dans sa tête résonnent
Les coups de canons qui tonnent
J'ai vu les ruines du Ghetto
Honteux de m'en être sorti
Je sui le seul de Varsovie
Qui n'ai pas vu cuire ses os
Les murailles se sont effondrées
Dans un grand fracas de fumée
Et les flammes ont tout dévoré
Je suis le seul de la cité.
J'ai revu des villes entières
Que les hommes avaient construites
Sous des amas de poussière
Les bombes les ont détruites
Et j'ai vu passer dans la nuit
Des trains chargés de déportés
Il ne reste plus aujourd'hui
Que des innocents massacrés.
J'ai vu l'ombre des miradors
Des barbelés électrifiés
Autour d'un camp de suppliciés
Qui n'attendaient plus que la mort
Et la fumée des hauts fourneaux
Refoulant l'âme des innocents
Massacrés par tous ces bourreaux
Qui se grisaient bien de leur sang.

MEDITATION
Ce soir il pleut sur la plage
Et contre les roches des âges
La mer brise ses flots
Telles des chevaux sauvages
Les vagues au grand galop
Viennent mourir sur le rivage
Je suis là dans le temps des temps
Parmi les fracas de la mer
Les mugissements du vent
Je suis las et souffre sans colère
Je n'ai pas de force pas de haine
Mais qu'une immense peine
En te perdant j'ai perdu la vie
Tu étais mon âme
Et mon corps sans elle est sans vie
Comme une barque sans rame
Sur l'océan déchaîné
Je vais à la dérive
Suivant le chemin de ma vie déchirée
Pour mourir sur la rive.

SAVOIR
Savoir veiller et voir passer le temps,
Savoir durer toute une vie entière
Et ne regretter que le temps
D'un oubli, d'une lumière.
Mais moi, j'ai peur, car je ne sais pas
Vivre en mon temps
Et depuis déjà bien longtemps,
Je regarde au loin derrière moi.
Je ne rêve plus de l'avenir
Mais je vis du passé.
Si j'ai peur de mourir,
Je ne veux pas me l'avouer.
Mais qu'il doit être bon pourtant,
De voir le monde et vivre en son temps.
De voir aussi ce que l'on est
Et de toujours s'en contenter.
Mais moi, j'ai peur, car je ne sais pas
Vivre au présent
Et vers le ciel je tends mes bras,
Demandant qu'il arrête le temps.
Je suis en butte au passé
Et toujours je regrette,
Tout ce que j'ai été,
Ma vie, mon corps, mes amours bêtes.

DIEU ! POURQUOI ?
( musique perso )
Lauréat au concours de la chanson française d'Issoudun
Seule tache sombre du coteau
La ferme sommeillait ce tantôt
La moisson occupait tous ses gens
Un soleil rempli d'or et d'argent
S'écrasait sur la terre en tremblant
Colorant tout de |